En-lis-tu-en-voilà

Je consomme donc je suis

Deux livres qui questionnent la complexité de nos rapports à la consommation et à ses effets sur l’environnement.

Trop, c’est trop

« Mais pourquoi j’ai acheté tout ça ?! »

Cette, phrase, nous sommes beaucoup à l’avoir prononcé au moins une fois (d’accord, je l’avoue, plus d’une fois – mais bon, j’étais obligé d’acheter ce sac, il allait parfaaaaitement avec ma tenue !). C’est en effet du postulat suivant qu’Élise Rousseau est partie pour concocter un ouvrage accessible, drôle et qui fait mouche, publié chez Delachaux & Niestlé en 2017 : nous consommons trop, trop et trop (c’est dit). En eau, en énergie, en biens matériels. Une des premières causes, selon elle, de cette fièvre acheteuse, tient en partie au fonctionnement même du système industriel et économique. Ce phénomène s’appelle l’obsolescence programmée, le fait de devoir remplacer un objet qui fonctionne par un autre plus moderne. Ce phénomène est tant social et accentué par notre réceptivité à la publicité (nous nous sentons obligés d’avoir le dernier iPhone à la mode) qu’économique, car il est prouvé maintenant que certains constructeurs programment à l’avance la durée de vie de nos objets. Alors que faire ? Des solutions existent, et c’est ce que cette bande dessinée, à travers des situations concrètes et drôles, va s’efforcer de présenter au lecteur. Tout commence par une radio qui tombe en panne et dont la garantie (très courte) vient d’expirer. La narratrice, accompagnée de sa fidèle petite poule, découvre peu à peu ces phénomènes et va passer du découragement à la résistance, à travers les rencontres qu’elle va faire au fil de son voyage. Car en effet, il est possible d’inverser la tendance et cela passe d’abord par des gestes simples au quotidien : privilégier des fabrications durables, manger local, adhérer à des associations de consommateurs ou encore réparer ses objets et faire du troc. Plus que de repenser notre rapport aux biens matériels, cette prise de conscience nous invite à questionner notre mode de vie et le sens que l’on veut donner à notre existence.

L’air (pollué) du temps

Mais comment expliquer que, bien souvent (à moins d’être un climato-septique convaincu), nous sommes conscients que nos actions ont un impact désastreux sur le climat et l’environnement mais nous sommes incapables de changer nos habitudes ? C’est la question que pose l’essai « d’ego climat » écrit par Jade Lindgaard Je crise climatique : la planète, ma chaudière et moi, publié en 2014 par les éditions La Découverte. À la manière d’un Roland Barthes des temps modernes, l’autrice déconstruit minutieusement certaines de nos habitudes contemporaines pour mieux en pointer les conséquences désastreuses sur le climat (prendre l’avion, se chauffer, faire une recherche sur Internet, trier ses déchets, etc.). Ce faisant, elle s’interroge de manière passionnante, sur les raisons intimes, psychologiques et anthropologiques pour lesquelles il nous est si difficile d’aller contre nos désirs et de penser à plus long terme. « Il ne suffit pas de mieux informer les consommateurs pour leur faire adopter des comportements plus écologiques. De véritables barrières émotionnelles et cognitives se dressent entre la volonté et la réalisation de bonnes actions environnementales. ». Petite déprime : en France, les jeunes seraient moins enclins à pratiquer des écogestes que les anciens alors qu’ils sont paradoxalement la génération la plus informée des risques environnementaux et de l’importance de la responsabilité humaine.

À travers le récit de sa prise de conscience tardive racontée à la première personne, l’autrice tient le lecteur en haleine à travers une véritable enquête sur les ressorts complexes et souvent contradictoires du désir dans une société du « toujours plus » :

« […] L’individu contemporain se fabrique chaque jour par ses actes de consommation. […] Un rapport au monde configuré par l’injonction au bien-être matériel, le désir de marchandises, la valorisation sociale de l’opulence, l’esthétisation de la consommation, la croyance que l’achat confère du pouvoir. »

C’est là que Jade Lindgaard va plus loin que l’injonction à la modération de nos désirs énoncée dans l’ouvrage d’Élise Rousseau que nous avons présenté plus haut : selon elle, il n’est aujourd’hui plus possible de distinguer les « vrais » besoins des « faux », car même ceux que l’on qualifie de superficiels (avoir un téléphone portable, un ordinateur, etc.) participent d’un mouvement anthropologique tellement fort qu’y résister nous condamne à nous ostraciser de la marche normale de la société. À ce moment-ci, cher lecteur, je sens le peu d’espoir qui subsistait en toi s’envoler. Pas de panique, selon l’autrice il existe un moyen : « Il faut nous déprivatiser ». En somme, nous ouvrir à l’extérieur, au commun, faire de la place à l’autre. Sortir de son espace privé irréductible, cette bulle dans laquelle on a construit notre petit confort.

Et pouvoir ainsi, enfin, conjuguer la crise à toutes les personnes : Je, tu, il, elle, crise climatique.


134955_couverture_Hres_0 Herbes curieuses
Mais pourquoi j’ai acheté tout ça ?! Stop à la surconsommation
Élise Rousseau, Delachaux & Niestlé, 2017, 127 pages                
15,90 euros

Pour qui ? Les curieux et les néophytes qui veulent avoir une première approche des problématiques de la surconsommation.

Je l’offre à qui ? Ton ado de neveu pour lui faire comprendre qu’il peut se passer de la Switch ou de l’iPhone X pour Noël. Ta grand-mère qui croit que le changement climatique est un vaste complot politico-industriel.

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♦♦ Herbes averties
Je crise climatique – Jade Lindgaard
La Découverte, 2014, 248 pages
9, 50 euros

Pour qui ? Ceux à qui la lecture d’un essai ne fait pas peur.

Je l’offre à qui ? Ton conjoint ou ta conjointe qui ne comprend pas que le fait que le tri des déchets peut sauver la planète. Tes parents qui te regardent avec des yeux ronds quand tu leur parles de diminuer tes trajets en avions.

 

Illustration : © Élise Rousseau

 

1 réflexion au sujet de “Je consomme donc je suis”

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