Cinécolo

De nucléaire et d’eau fraîche

Dans un documentaire glaçant, Éric Guéret et Laure Noualhat nous livre le résultat d’une enquête au cœur de l’industrie nucléaire face au risque terroriste.

Ils se sont heurtés à la chape de plomb qui pèse sur l’industrie nucléaire en se risquant à poser cette question taboue : un attentat nucléaire est-il possible ? C’est ce secret que les réalisateur Éric Guéret et et l’autrice Laure Noualhat ont tenté de percer à travers le documentaire choc Sécurité nucléaire : le grand mensonge, résultat de plus de deux ans d’enquête aux quatre coins du monde.

La loi du silence

La confidentialité qui entourent les questions de sécurité autour du nucléaire est partout : sous prétexte de ne pas divulguer d’informations qui renseigneraient les terroristes, le débat a été étouffé, muselé – la séquence où l’on voit le député belge écologiste Jean-Marc Nollet poser une question à la chambre des représentants à propos de l’aéroport de Liège dont la piste de décollage se trouve dans l’axe parfait de la centrale nucléaire de Tihange, à seulement 16 km (!), est significative : le ministre de l’intérieur est incapable d’engager le débat sous prétexte que la composition du toit des réacteurs est classée « confidentiel ».

Une industrie en crise

Il est cependant clair, selon tous les experts et responsables qui interviennent dans le documentaire, que la vulnérabilité des sites nucléaires anciens est avérée : résistance des toits trop faible, non prise en compte du risque terroriste et donc de l’éventuel crash d’avions de ligne, etc.
1077564-securite-nucleaire-le-grand-mensongeLe 12 octobre dernier, Greenpeace a réussi à pénétrer dans l’enceinte de la centrale de Cattenom (Moselle) pour tirer des feux d’artifice à quelques mètres des piscines de combustibles usagés. L’expérience est édifiante : impuissants parce que du mauvais côté de la barrière, les policiers ne font qu’assister à l’événement en spectateurs… La sécurité de ces zones de stockage est pourtant essentielle car le risque est élevé : si les bassins de refroidissement venaient à être percés, les déchets prendraient alors immédiatement feu, ce qui causerait un incendie nucléaire dont les conséquences seraient terrifiantes. Pourquoi si peu de renforcements de la sécurité ? Cela tient le plus souvent en un mot : rentabilité. En effet, les industriels sont peu enclins à débloquer des fonds pour renforcer la sécurité en prenant en compte les nouveaux facteurs de risque.

« Voilà ce que les industriels sont prêts à payer pour vous protégez, alors contentez-vous de cela ! »

 L’industrie nucléaire se porte au plus mal aujourd’hui, et si elle survit grâce à l’État en France, elle reste un secteur totalement privé aux États-Unis, ce qui explique, selon les réalisateurs, cette volonté d’ignorer les nouvelles menaces… pourtant plus si nouvelles : le 11 septembre 2001, il était en effet prévu qu’un autre avion s’écrase sur la centrale nucléaire d’Indian Point, située à quelques dizaines de kilomètres de New-York.

« C’est comme si le 11 Septembre n’avait jamais existé et aujourd’hui, on fait les autruches : on met la tête dans le sable et on refuse d’en tirer les leçons. »

Une industrie compatible avec l’époque ?

Au-delà des risques d’attentat par la voie des airs, Éric Guéret et Laure Noualhat montrent que des moyens d’attaques, hélas beaucoup plus simples, existent : par exemple, les matériaux nucléaires sont beaucoup plus accessibles aux terroristes et peuvent servir à la confection de « bombes sales », qui mélangent des matériaux plastiques à des éléments radioactifs : ces éléments, très faciles à trouver car utilisés dans l’industrie civile, font l’objet de vols et de trafics organisés difficiles à recenser. De même, l’utilisation des nouvelles technologies à travers le cyber-terrorisme ou l’envoi de drones pour collecter des données (ou pire, larguer des bombes), ne font que rendre plus vulnérables les sites nucléaires.

Se pose alors une question dérangeante, qui devrait faire, selon les journalistes, l’objet d’un débat public : a-t-on encore les moyens, face à la menace multifactorielle du terrorisme, de soutenir cette industrie ? En plus des risques environnementaux bien connus, peut-on se permettre de faire courir ce danger aux populations ?

« La société doit dire si elle pense que cette industrie est suffisamment sécurisée. »

L’Allemagne, qui sortira du nucléaire en 2022, a déjà fait un pas dans cette voie-là.

Qui suivra ?


Doc_nucleaire♦ Herbes curieuses
Sécurité nucléaire – Le grand mensonge
Éric Guéret, Laure Noualhat
Yami 2 production, 2017
→ Visible sur Arte juqu’au 03/02/18

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