Bretagne, Cinécolo

Arbre, oh bel arbre, qui est le plus sensible de nous deux ?

L’Intelligence des arbres, sorti en septembre dernier, continue d’être diffusé partout en France. On a profité de sa projection à Saint-Brieuc et de la publication d’un dossier sur ce thème dans Sciences & Vie pour essayer de comprendre ce que les arbres avaient de si merveilleux.

On pourrait penser que la loi de la jungle régit nos forêts. Les plus imposants, les plus anciens des végétaux écraseraient les arbustes naissants, les empêchant de grandir, les faisant mourir. En voyant L’Intelligence des arbres, on a bien été obligé d’avouer que les capacités des arbres allaient au-delà de notre imagination…

Un réseau coopératif

Tous les arbres emmêlaient leurs racines en un immense réseau souterrain unique et commun à tous.

Suzanne Simard est professeur d’Écologie forestière à l’Université de Colombie britannique. En mesurant leurs échanges, elle a découvert que « des molécules de carbones circulaient d’un arbre à l’autre », ce qu’elle explique très bien dans le documentaire. Des chercheuses de son laboratoire nous présentent d’ailleurs les études en cours. Ces recherches montrent comment les arbres les plus anciens, appelés « arbres-mères », utilisent le wood wide web, ou réseau racinaire, pour envoyer aux arbres les plus jeunes davantage de carbone. Ils vont même jusqu’à modifier leur réseau racinaire pour laisser place aux jeunes pousses. Épatant non ?

L’autre scientifique star du film n’a pas eu à se présenter. Auteur du best-seller La vie secrète des arbres, Peter Wohlleben va jusqu’à montrer l’amitié entre les arbres pour sensibiliser son public à la cause de la forêt. La sédentarité des arbres nous feraient penser que ce sont des êtres inertes, non-pensants. Mais pour l’ingénieur, les arbres sont des « êtres sociaux » pour qui la coopération prime sur la compétition, la communauté sur l’individu.

Le discours de ces principaux acteurs est argumenté et riche en exemples, mais son anthropomorphisme récurrent nous a parfois gêné. La forêt nous est presque montrée comme un modèle social à suivre, idéalisée, modèle duquel nous, êtres humains, pourrions être envieux.

Nous comprenons bien en tout cas que la réalisatrice, Julia Dordel, a une grande admiration pour les merveilles de la nature. Si son ambition était de la partager, elle n’a pas pour autant exploité au mieux les ressorts du cinéma pour scénariser le documentaire. La suite d’entretiens face caméra est parfois entrecoupée de commentaires off illustrés par les images d’une jeune femme, mi-fleur bleue mi-Lara Croft, parcourant amoureusement des allées bordées d’arbres. Un peu caricatural pour un public d’avertis…

Intelligence des arbres ou cognition végétale ?

Pour prouver l’intelligence de la flore, il faudrait « dépasser la simple observation de [son] comportement extérieur et se pencher sur les mécanismes internes qui sous-tendent ce comportement ».

Si le concept d’intelligence des plantes est séduisant, les avancées scientifiques actuelles ne nous permettraient pas de le présenter comme tel. C’est ce que semble nous dire Jean-Baptiste Veyrieras dans le dossier « Elles pensent ! Révélations sur l’intelligence des plantes » de Sciences & Vie. La cognition végétale serait une expression plus appropriée aux résultats connus. Il n’empêche que trois fonctions ont déjà été identifiées dans le monde végétal : la prise de décision, la mémoire, l’apprentissage. Ce qui pourrait nous pousser à faire évoluer notre relation avec ce monde. Trop récents, les résultats de ces recherches n’influencent cependant pas encore les pratiques de l’agronomie.

Ce qu’on a apprécié dans ce dossier ? L’exposition des divergences au sein du corps scientifique, l’explication d’exemples détaillés et non simplistes, pour chacune des trois fonctions attribuées au végétal et, surtout, sa conclusion.

Si [l’on aborde les végétaux] sous le prisme de l’anthropomorphisme, on risque de faire fausse route. Il faut accepter de faire l’expérience émerveillée d’une altérité absolue.

Francis Hallé, botaniste de renom, insiste sur ce point. Contrairement à la pédagogie adoptée dans le reportage L’Intelligence des arbres, lui affirme qu’il serait « plus pertinent de les considérer comme de véritables extraterrestres qui ont peuplé cette planète bien avant nous ».


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♦ Herbes curieuses
L’intelligence des arbres

Julie Dordel et Guido Tölke
Jupiter Films, 2017

Les projections du films sont précédées des Trésors des plantes.
→ Pour connaître les dates de projection dans votre ville, cliquez ici.

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♦ Herbes curieuses
Sciences & Vie, « Elles pensent ! Révélations sur l’intelligence des plantes »
Jean-Baptiste Veyrieras
N° 1203, décembre 2017

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