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Composer notre assiette : un acte politique ?

Tu te demandes d’où viennent ton steak et tes légumes sous plastique chez Carouf ? Ces deux ouvrages loin des clichés sur la réalité de l’industrie agroalimentaire et sur la nécessité de repenser l’agriculture et l’élevage sont faits pour toi.

Du pré à l’assiette : mode d’emploi

« Ce que nous mettons dans notre assiette est un acte social. »

Frédéric Denhez, ingénieur écologue de formation, est journaliste et conférencier. Son dernier ouvrage L’assiette est dans le pré, publié chez Delachaux & Niestlé dans la géniale collection Planète Graphique (on vous en parlait déjà ici), fait le pari de poser les problématiques de notre industrie agroalimentaire avec un humour engagé et pertinent.

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© G. Macagno

Revenant sur l’histoire de notre agriculture, il retrace le parcours de nos aliments, de la terre à l’assiette, en insistant sur la valorisation du terroir et de notre identité. En effet, selon l’auteur, il nous faut retrouver le bon sens alimentaire que l’on a perdu quelque part en chemin, au détour des années d’après-guerre : l’industrialisation progressive de l’agriculture, favorisée par le développement croissant des grandes et moyennes surfaces en France, a contribué à la fermeture progressive du commerce local. Conséquence : la concentration des fournisseurs équivaut à une « prise d’otage » des petits agriculteurs, qui n’ont d’autres choix que de faire baisser les prix s’ils veulent rester concurrentiels – au détriment de la qualité souvent…

Pour Frédéric Denhez, il n’y a pas à chercher plus loin : choisir ce que l’on mange est un acte citoyen. Favoriser le circuit court, les fruits et légumes de saison, la viande ou les fromages de terroir, sont autant d’actes politiques qui peuvent, si la prise de conscience est collective, faire bouger les lignes d’un monde agricole de plus en plus désincarné, spéculatif et aux mains de groupes industriels.

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© G. Macagno

Murmurer à l’oreille des éleveurs

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© G. Trouillard

Ce sont les dérives de l’industrialisation de l’élevage que dénoncent Aude Vidal et Guillaume Trouillard dans leur livre engagé On achève bien les éleveurs – magnifique ouvrage illustré paru chez L’échappée le 1er décembre dernier. Réunissant les témoignages d’agriculteurs, d’éleveurs, mais également des membres du collectif « Faut pas pucer » ou d’universitaires comme Jocelyne Porcher, l’ouvrage pose la question de la relation qui lie l’humain à l’animal, alors même que le monde de l’élevage fait face à toujours plus de contrôle de la part de l’administration (le puçage systématique des animaux n’en est qu’un exemple).

« Les mesures d’encadrement de l’élevage vont dans le sens de ces productions industrielles qui sont préjudiciables aux agriculteurs (profession « indépendante » mais incroyablement administrée) mais aussi à la santé et à l’environnement. »

Disparition des prés, concurrence mondiale, entrave aux petites structures au bénéfice de productions surdimensionnées complètement déconnectées du monde agricole… Il faudrait cependant se garder de jugements trop hâtifs sur la production industrielle et ses conséquences : en effet, selon Aude Vidal, l’erreur serait de se placer uniquement du point de vue du consommateur.
« Nous devons penser l’élevage au cœur d’une réflexion sur l’agriculture, la campagne et ses prairies. Il s’agit de considérer toute la diversité paysagère, donc biologique, que l’on doit à l’élevage, son imbrication avec l’agriculture, tout ce que les animaux apportent en agriculture biologique et la nécessité (sauf à renouveler fondamentalement la manière dont nous cultivons) d’avoir sur une ferme ni trop ni trop peu de bêtes. »

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© G. Trouillard

L’alarmisme sur les impacts écologiques de cette production masquerait en réalité la négation de la relation d’élevage, une relation pourtant ancestrale, qu’il faudrait préserver et replacer au centre de « la vie humaine ». D’où une critique des mouvements antispécistes ou d’associations comme L214 assez virulente.

« Il ne faut pas se contenter de devenir végétarien, il faut défendre cette relation entre être humain et animal qui est fondamentale en agriculture écologique. »

Ces deux ouvrages posent ainsi une question fondamentale : que voulons-nous ? Un paysage façonné par l’industrie agroalimentaire, où la quantité est la valeur maîtresse et l’animal perçu comme une simple matière première ? ou une campagne diverse, où la polyculture est encouragée et les agriculteurs en phase avec leur production ? Cela implique évidemment des prix plus élevés mais un coût social est bien plus vertueux…

Maintenant, on vous aura prévenu, la décision est (aussi) entre vos mains !


♦ Herbes curiL-aiette-est-dans-le-preeuses
L’assiette est dans le pré
Frédéric Denhez, Gilles Macagno
Delachaux & Niestlé, 2017

Pour qui ? Ceux qui veulent se familiariser avec les problématiques du monde agricole sans se prendre la tête.

Je l’offre à qui ? À ton ado de fiston qui pense que la salade pousse dans les sachets en plastique du supermarché. À ton père qui râle parce que les agriculteurs ont encore lancé une opération escargot sur la route.

On-acheve-bien-les-eleveurs♦ Herbes averties
On achève bien les éleveurs : résistance à l’industrialisation de l’élevage
Aude Vidal, Guillaume Trouillard
L’échappée, 2017
Dossier de presse avec de magnifiques doubles-pages de l’ouvrage par ici 😉

Pour qui ? Les amateurs de livres beaux à regarder… et bons à penser !

Je l’offre à qui ? Ta copine qui est devenue vegan pour « libérer les animaux ». À toute personne sensée de ton entourage !

1 réflexion au sujet de “Composer notre assiette : un acte politique ?”

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