A débroussailler, Île-de-France

Il était une fois Europacity

Suite à la conférence « Europacity, oppositions et alternatives » qui s’est tenue lors du Festival du livre et de la presse d’écologie le 26 novembre dernier, nous avons voulu donner quelques clés de compréhension sur ce projet qui fait débat.

Ça commençait comme un beau rêve : construire une énorme zone commerciale et culturelle pour redynamiser le nord-est parisien. Un seul hic : la construction est prévue sur une des (plus si) nombreuses terres les plus fertiles de la région parisienne : le triangle de Gonesse. Ironie : ces terres avaient jusque-là été préservée… grâce à la présence des aéroports du Bourget et de Roissy Charles-de-Gaulle, dont les nuisances sonores empêchaient toute implantation de zones d’habitation.

La démesure des temps

Il faut se rendre compte : le projet est gigantesque – et dans « gigantesque », on entendrait presque « dantesque » : 3,1 milliards d’euros d’investissement (par les géants du supermarché Auchan et le conglomérat chinois Wanda), 50 000 m2 de surface culturelle, 230 000 m2 de zones commerciales, 2000 chambres d’hôtel et même une piste de ski… en tout, c’est l’équivalent du 5e arrondissement de Paris qui devrait sortir de terre sur les terres agricoles de Gonesse en 2024.

Il faut dire que les enjeux, en termes de retombées économiques pour la région du Val d’Oise et le projet du Grand Paris (avec pour horizon les Jeux olympiques 2024), seraient énormes. À projet gigantesque, attentes gigantesques : les concepteurs n’attendent pas moins de 31 millions de visiteurs par an, soit deux fois plus que Disneyland Paris (!) – qui, soit dit en passant, se trouve non loin.

En somme, Europacity affiche une ambition « anthropologique » : temple d’une nouvelle forme de loisir et de divertissement, ce projet se voudrait porteur d’une « nouvelle utopie urbaine » (voir l’article très clair sur le sujet de Médiapart en accès abonné).

Pourquoi une polémique ?

Investissements massifs pour la région, promesses de redynamisation du territoire, embauches… Les élus et la population se laissent facilement tenter : « Un privé veut proposer trois milliards d’euros et on refuserait ? » rapporte Jade Lindgaard. Pour Véronique Antomarchi, professeure à l’Université Paris-Descartes, présente lors de la conférence donnée à l’occasion du Félipé (on vous en parlait ici), ce projet est symptomatique de notre époque : faisant miroiter des retombées économiques et culturelles mirifiques, il est courant que la réalité soit autre après la construction – en général, seul le centre commercial est réalisé correctement…

Selon les intervenants de la conférence, cette construction serait, sur le plan écologique, un désastre : le bétonnage de ces terres pourrait entraîner une hausse de 3°C en période de canicule dans Paris. Cela pose également un problème de souveraineté alimentaire autour de la région parisienne : en effet, supprimer l’exploitation de ces terres très fertiles entraînerait un accroissement de la dépendance alimentaire de la ville de Paris et accentuerait un bilan carbone déjà largement excédentaire.

En réaction à ce projet se sont constitués plusieurs collectifs et associations pour défendre les terres agricoles du triangle de Gonesse. Parmi eux, le collectif Carma (Coopération pour une ambition rurale et métropolitaine agricole), dont l’un des responsables, Cyril de Koning, était présent lors de la conférence. Il souhaiterait développer un projet alternatif et durable sur les terres de Gonesse : un pôle de recherche et de formation à l’agriculture innovante, du maraîchage et une production céréalière bio.

« L’agroécologie doit devenir un élément moteur du développement du territoire. »

C’est pourquoi l’enjeu, pour le collectif Carma, réside dans un redéploiement agricole indispensable sur ce territoire : « il faut retrouver une intelligence agronomique perdue » et faire de cette zone le futur lieu de souveraineté alimentaire de Paris.

Et maintenant ?

Fin août 2017, le commissaire enquêteur a rendu un avis défavorable à la révision du plan local d’urbanisme (PLU) de Gonesse.

S’il n’est qu’un avis consultatif, Mediapart note qu’il est rare qu’un avis soit aussi défavorable au motif que les « impacts environnementaux seraient très négatifs ». Le 1er décembre dernier, 150 personnalités philosophes, économistes, urbanistes, sociologues et climatologues ont signé une lettre ouverte « contre la folie Europacity » dans laquelle ils enjoignent de « revenir sur terre », et vite.

Affaire à suivre, donc.

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