En-lis-tu-en-voilà

Toute la mémoire du monde

Et si la mémoire numérique disparaissait brutalement ? La nouvelle bande dessinée d’Enki Bilal interroge les conséquences, dans un futur proche, d’une suppression brutale de toutes données numériques. Un premier tome prometteur.

Une catastrophe irreprésentable

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Paris en 2041 vu par E. Bilal

En 2041, un BNG (Bug Numérique Généralisé) survient, effaçant toutes les données numériques sur la planète et rompant toute les communications. Dans un futur proche où Internet et le « Neo World Wide Web » a envahi tous les aspects de la vie humaine, Enki Bilal imagine un monde sans mémoire vive.

Mais est-ce vraiment du futur dont on parle ? Plus qu’un ouvrage d’anticipation, Bilal livre un regard presque naturaliste sur la société et ses enjeux qui sont plus que jamais contemporains : « Ce sujet se nourrit du temps qui passe, de l’actualité […]. 2041, c’est demain ». À catastrophe globale, conséquences globales : crashs d’avions, paralysie totale des réseaux de transports, désorganisations des flux migratoires ou encore suicides d’adolescents perdus sans « Siri et Weface »… C’est toute notre civilisation qui s’effondre.

Un seul espoir subsiste : K. Obb, un cosmonaute envoyé en mission sur Mars, a été infecté par un bug (Bilal joue ici sur la polysémie du terme, désignant à la fois quelque chose d’organique et de technologique), un mystérieux parasite qui lui aurait transmis toute la mémoire du monde. Devenu une sorte d’homme augmenté dont la valeur est inestimable, il est rapidement la cible de toutes les puissances du monde, politiques ou économiques. Bilal réfléchit ainsi ici à la place d’Homo sapiens dans ce nouveau monde dans lequel il est forcé de s’adapter : « Il y a quelque chose de jubilatoire à essayer d’imaginer comment les hommes vont s’en sortir ».

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© E. Bilal

Penser l’avenir et son effondrement

Dans un monde forcé de retourner à l’analogique et à l’hertzien, tout semble à l’arrêt et le vernis civilisationnel se fissure. L’esthétique sobre, parfois un peu figée, est revendiquée : « J’ai voulu me placer du point de vue de l’humain, d’où le graphisme très simplifié […]. Face à la profusion d’images numériques et animées, je pense que l’on a besoin d’une soupape de décompression ». Enki Bilal pourrait nous brosser le portrait d’une humanité perdue, dont l’âge numérique aurait représenté sa plus haute forme de progrès. Il n’en n’est rien : et si ce retour forcé au « monde d’avant » représentait le salut de cette société du « toujours plus » numérique ? Force est de constater que la critique de la croissance illimitée affleure derrière une intrigue haletante qui se poursuivra dans un second tome…

« Notre monde tel qu’on l’a connu est en fin de course. Ce ne sera pas un arrêt brutal, mais une transition vers autre chose. »


Bug♦ Herbes curieuses
Bug – Enki Bilal
Casterman, 2017, 88 pages

18 euros

→ Toutes les citations sont issues de l’émission de « Par les temps qui courent » sur France Culture.

Pour qui ? Tous les fanas de science-fiction et de bande dessinée. Ceux que les nouvelles technologies intéressent.

Je l’offre à qui ? Ton pote accro à son portable et sa tablette, même quand il est à table avec Papi et Mamie.

 

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