Île-de-France, Vagabondage

Réinventer notre relation à la nature

Nous étions présentes sur le Salon Lire la Nature qui se tenait le weekend dernier au Musée de la Chasse et de la Nature à Paris. L’occasion de s’interroger sur la nature de nos relations au vivant.

À l’occasion de la remise du Prix François Sommer qui récompense un ouvrage (roman ou essai) explorant ou interrogeant le rapport de l’homme à la nature, le deuxième Salon Lire la Nature se tenait à Paris le 20 janvier dernier. Expositions, projections de film (notamment La vie secrète des arbres dont nous vous parlions ici), salon du livre et conférences étaient au programme.

Comment « lire la nature » aujourd’hui ?

Salon_NatureSi pendant longtemps les humains ont fait l’expérience sensible de la nature en tant que milieu de vie dans les campagnes, force est de constater que cette relation à la nature se fait de plus en plus rare, urbanisation oblige. C’est autour de l’idée d’un retour « intellectuel » à la nature que s’articulait cette journée de conférence. À l’inverse des penseurs ou des écrivains des siècles passés, nombre de nos contemporains choisissent d’analyser et de comprendre nos relations complexes à la nature, à l’aune d’une crise écologique aujourd’hui inévitable.

Hommes et nature : une bataille ancestrale

Il ne faudrait pas croire, cependant, que l’impact de l’humain sur son environnement est récent : on en retrouve des traces dès la préhistoire, comme le montre Laurent Testot dans son ouvrage Cataclysmes : une histoire environnementale de l’humanité (éditions Payot). Selon lui, la première des révolutions dans notre capacité à influer sur la nature est celle du « pacte du blé », lorsque les hommes ont réussi à domestiquer le blé et à en reproduire massivement pour leur consommation.

La capacité d’anthropisation du monde par les humains a donc existé de tous temps, et il est illusoire de dire que certaines périodes y ont échappé : c’est ce que montre Fabrice Mouthon dans son livre Le sourire de Prométhée : l’homme et la nature au Moyen âge (éditions La Découverte). Il montre en effet que les humains ont livré une guerre sans merci à la nature à l’époque où de nouveaux enjeux apparaissaient suite à l’explosion démographique en Europe : il a fallu nourrir et loger plus de monde. Si les hommes étaient incapables d’avoir une sensibilité globale de leurs impacts, ils le constataient néanmoins localement : pénurie de bois, d’animaux, etc. Il est important, selon Mouthon, de rappeler l’importance du contexte spirituel de l’époque : le christianisme règne en Europe et les penseurs médiévaux justifient les actions de l’homme sur la nature comme une action divine. Il y a l’idée que l’homme, en s’accaparant la nature, la rend plus belle, il ne la dégrade pas. Cet anthropocentrisme (qui sépare l’homme de la nature et le rend supérieur) présent dans le judéo-christianisme serait à l’origine de la crise écologique (voir l’article très intéressant de Lynn White publié en 1977, « Les racines historiques de notre crise écologique »).

« À l’heure de la sixième extinction, il faut s’organiser car il existe déjà des modifications irrémédiables. »

Dès lors, comment envisager un nouveau rapport à la nature ?

Pour un nouvel humanisme

À l’heure de la remise en cause de notre modèle social et politique, Francis Wolff, dont le dernier ouvrage s’intitule Trois utopies contemporaines (éditions Fayard), nous enjoint à réinventer nos utopies pour l’avenir : « L’opposition entre les hommes et les dieux ou les animaux est aujourd’hui caduque : nous avons besoin d’utopies apolitiques, qui mettent fin aux grands récits ». Et de militer pour ce qu’il nomme une « utopie cosmopolitique » : il est urgent de penser les humains comme citoyens du monde afin de penser la crise écologique dans sa globalité.

En effet, devant le caractère « extrémiste » de notre civilisation, une nouvelle radicalité s’impose, et elle ne réside pas forcément dans un « toujours plus » technologique : Dominique Bourg, auteur de Écologie intégrale : pour une société permacirculaire (PUF), a mis en avant l’importance de changer nos modes de vie ainsi que la législation : par exemple, il faudrait changer les taux de TVA pour faire en sorte qu’un objet recyclé ne soit pas plus cher que celui qui ne l’est pas. Cependant, aucun grand changement ne pourra survenir si ces mesures ne sont pas prises à un niveau supranational, cosmopolitique. D’où l’importance, pour Francis Wolff, de donner un sens élargi à la notion d’humanisme :

« Nous ne sommes pas simplement une espèce mais bien une communauté morale ».

Et de rappeler de façon essentielle que la nature n’a de valeur qu’à travers notre humanité. Il est encore temps de saisir cette opportunité !


Pour aller plus loin :
→ Laurent Testot parle de son ouvrage dans la vidéo publiée par la librairie Mollat.
→ L’émission « Avis critique » sur France Culture, « Penser le réchauffement climatique ».

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