A débroussailler, Vagabondage

Que mangerons-nous demain ?

Le 3 mars dernier se tenait, en marge du Salon de l’agriculture de Paris, la seconde édition de « Sortons l’Agriculture du Salon » organisé par l’agence Alimentation Générale à la Bellevilloise (Paris, XXe). L’occasion de s’interroger sur l’alimentation de demain et ses enjeux.

Manger à l’heure du réchauffement climatique

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Quelques livres présents sur le salon.

Il régnait, lors de cette journée placée sous le signe de transition alimentaire et écologique (esprit du temps : le Festival du livre et de la presse d’écologie avait également pour thème « Les nourritures écologiques », nous en avions parlé ici), une atmosphère joyeuse et pleine d’énergie. Le constat était cependant dur et sans appel : nous consommons trop et mal. Au niveau climatique, notre modèle de production est une aberration : l’alimentation représente 30 % des gaz à effet de serre, principalement à cause de l’agriculture industrielle. Au niveau social également, l’exportation de nos productions excédentaires dans les pays du Sud ruinent la paysannerie locale, sans parler, rien qu’à l’échelle française, du problème de rémunération des petits producteurs qui ne font plus le poids face aux géants de la grande distribution et des grands producteurs.

C’est bien beau de se rendre compte que le système marche sur la tête… mais comment fait-on, nous consommateurs, pour agir et changer nos pratiques ?
Spécialistes, agriculteurs et acteurs de l’alimentation de demain se sont succédé pour mettre en lumière des initiatives et des modes de consommation à la portée de chacun.

Devenons consom’acteur !

Félix Noblia, agriculteur et éleveur dans le Pays basque, est formel :

« Les citoyens ont le pouvoir, à travers leur consommation, de soutenir et de promouvoir une agriculture intelligente. »

Changer de modèle d’agriculture et d’alimentation est un choix politique et aujourd’hui, choisir notre mode de consommation c’est voter. À terme, c’est le modèle agricole entier qu’il faudra repenser. Lui a déjà fait le choix de la permaculture : « Tant que l’on n’améliorera pas la qualité de nos sols en France, on n’arrivera pas à relocaliser notre agriculture. […] Pour continuer à nourrir les hommes, il faut changer ! ».

Mais pour changer, encore faut-il être sensibilisé, et ce, dès l’enfance. C’est sûrement l’un des enjeux les plus importants dans la consommation de demain et cela passe par un éveil au goût et au plaisir de cuisiner : il faut reprendre le temps de cuisiner avec les enfants ! Tania Pachef, nutritionniste-diététicienne, insiste sur l’importance de la responsabilité des acteurs de la restauration collective (cantines scolaires, etc.). C’est pourquoi Lionel Astruc, de la fondation Ekibio, a mis en place des ateliers de cuisine dans les quartiers difficiles ; de son côté Hélène Le Teno chez Fermes d’avenir, développe un projet de ferme à Brétigny-sur-Orges (91) autour de l’accès à la production directe. Autant d’initiatives qui permettraient de se saisir, au quotidien, des problématiques climatiques.

Cependant, pour nombre d’entre nous, manger mieux, c’est-à-dire biologique ou local, c’est cher et réservé à une élite aisée et urbaine… mais de quels coûts parle-t-on ?

Bien manger, c’est plus cher… vraiment ?

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Sur le marché des producteurs locaux 🙂

Tania Pachef et Hélène Le Teno le rappellent : consommer des produits issus de l’agriculture conventionnelle que l’on trouve dans les supermarchés coûte beaucoup plus cher au niveau global ! C’est ce qu’on appelle la comptabilité en triple capital : le consommateur paye son produit à l’achat, à travers ses dépenses de santé (estimées à 60 millions d’euros en France au total) et à travers le coût écologique (sous forme d’impôts). Rappelons que pour 100 euros d’achat en supermarché, environ 8 euros seulement est reversé au producteur… Et gare aux produits bio trouvés dans les supermarchés ! En plus d’être souvent importés de pays lointains, Hélène Le Teno explique que nous les payons plus chers car une politique effrayante de la surmarge est appliquée par les gros distributeurs sur ces produits (46 % du surcoût est lié à la surmarge !).
Le problème majeur reste l’accessibilité et la mise en valeur des circuits courts et alternatifs : « Les circuits courts doivent changer d’échelle ». Lélio Stettin, fondateur du Zingam, une épicerie locavore du 11e arrondissement de Paris, tente de promouvoir l’accès à des produits de qualité en ville. En effet, l’éducation commence aussi chez les commerçants de quartier !
Notre façon de nous approvisionner doit être cohérente avec les produits achetés, et cela passe par exemple par une consommation de viande de meilleure qualité nutritionnelle – donc plus chère. Conséquence : pas besoin d’en manger autant ! Autres conseils donnés par Caroline Vignaud (chef à FoodChéri) : redonner de l’importance aux légumineuses, utiliser tout le produit et cuire les légumes à l’étouffée ou en basse cuisson…

En résumé : se tourner le plus possible vers les AMAP (Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne), les systèmes de paniers concoctés chaque semaine, faire attention d’où viennent nos aliments et manger moins mais mieux… autant de petits gestes qui permettrait d’aller vers un « capitalisme d’intérêt général »  préciser qui fait cette citation ?, dans lequel chacun s’y retrouve, du producteur au consommateur.

S’engager dans la transition alimentaire

Changer son mode de consommation, c’est déjà un grand pas ! Mais si je veux aller plus loin, je fais quoi ?
Lors de cette journée, des dizaines d’initiatives ont été mises en lumière, rappelant aux consommateurs que nous sommes des clés pour s’engager au quotidien : La Ruche qui dit Oui ! crée des outils qui permet à chacun d’ouvrir sa propre ruche. Aujourd’hui, il en existe 850 en France et elles permettent aux agriculteurs de percevoir 83,3 % des ventes de leurs produits. Les pratiques changent : depuis la création de la première AMAP en France en 2001 par Denise Vuillon, environ 10 % de la population pratique le circuit court. Jonathan Attias, raconte dans son documentaire Des clics de conscience, la façon dont ils ont réussi avec Alexandre Lumbroso, à peser sur un projet de loi concernant la défense de la biodiversité grâce à une pétition. Le pouvoir des citoyens peut peser dans la balance, et le militantisme politique est un des biais d’engagement pour Grégory Gendre, maire d’Olus d’Oléron, actuellement en résistance contre le projet d’implantation d’un McDonald’s dans sa commune. Son mot d’ordre : « Prenez les mairies ! ». La constitution de listes citoyennes (on vous en parlait il y a peu avec le livre de Christian Proust), le boycott bienveillant ou le lobbying citoyen… autant d’engagements qui peuvent faire bouger les lignes.

Autant vous dire que nous, petites herbes folles déjà convaincues, cette journée nous a fait réfléchir. Et nous a conforté dans notre volonté de continuer à créer du lien entre culture et agriculture !

Et vous, avez-vous déjà commencé votre conso-révolution ? 🙂

A vos agendas ! Alimentation Générale poursuit sa réflexion et organise le Nantes Food Forum du 3 au 7 octobre.

 


→ Pour aller plus loin :
· Vive les circuits courts ! En région parisienne : La Ruche qui dit Oui !, Potager city, Graapz, Au bout du champ… et en Bretagne : Réseau rural les présente tous sur ce doc.
· Le boycott bienveillant
· Un ouvrage : Ville affamée de Carolyn Steel (éditions Rue de l’échiquier), sur la relation entre ville et nourriture… bientôt sur le blog !

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