Île-de-France, Vagabondage

Un autre monde est-il possible ?

Nous étions présentes au Salon du Livre de Paris le dimanche 18 mars. L’occasion d’assister à quelques conférences autour du livre, de l’écologie et des utopies contemporaines.

Retrouver l’utopie dans le réel

Comment penser un autre monde à l’heure du changement climatique ? Cette question a traversé les trois conférences auxquelles nous avons assisté sur le salon incontournable de l’édition « conventionnelle », Livre Paris.
« Agir politiquement, c’est à la fois initier du nouveau tout en se référant à des événements passés », commençait Mathieu Potte-Bonneville lors de la conférence « Un autre monde est-il possible ? ». En effet, la question paraît aujourd’hui usée, presque désuète et naïve. Cependant, le thème de l’utopie est de plus en plus présent dans la production éditoriales ces derniers temps : Utopies réalistes de Rutger Bregman (Seuil), Utopies réelles de Erik Olin Wright (La Découverte)… Pour Mathieu Potte-Bonneville, il faut se poser la question suivante : pourquoi éprouve-t-on le besoin de retrouver l’utopie dans le réel aujourd’hui ? Il est vrai que l’avenir inquiète et le changement climatique n’y est pas étranger.
Les solutions seraient donc à identifier dans le présent et dans le réel :

« Un autre monde est possible… mais il est dans celui-ci »

affirmait Paul Éluard.
Mais par où commencer tant les difficultés semblent s’accumuler ?

Replacer la nature dans un nouveau projet social

Le sentiment d’urgence vis-à-vis du climat, l’imaginaire catastrophiste déployé pour évoquer l’avenir, sont autant d’inquiétudes qui peuvent mener à un sentiment d’impuissance. Valérie Chansigaud rappelle, lors de la conférence « L’écologie est-elle un vœu pieu ? » l’importance de replacer le concept de nature au sein même d’un projet démocratique commun : « La protection de la nature repose par définition sur un projet démocratique qui implique de repenser le modèle social et capitaliste très inégalitaire dans lequel nous sommes ». Tant que le système fonctionnera de la même façon, notre rapport à la nature ne changera pas et l’éducation à un système de valeurs alternatif aura un impact tout à fait limité selon l’auteur du livre Les Français et la nature (Actes Sud). On se rend compte en effet de la nécessité d’inclure l’humain dans l’histoire naturelle, comme nous le rappelle le manifeste du Muséum national d’Histoire naturelle paru fin 2017 Quel futur sans nature ?

« Le rôle capital de l’histoire naturelle est de contribuer à la prise de conscience de l’ancrage des humains en nature. »

Ce projet citoyen ne saurait advenir sans un cadre démocratique garantissant l’indépendance de l’expertise : « Le naturaliste citoyen ou chercheur doit garantir sa propre autonomie politique en affirmant son indépendance, en prenant en compte les dimensions éthiques, en dénonçant les études sous influences […]. »
Face à ces défis, les obstacles paraissent parfois insurmontables. Mais les choses ne sont-elles pas déjà en train de bouger, même à la marge ?

« Le progrès est la réalisation des utopies »

C’est de cette citation d’Oscar Wilde que Rutger Bregman, l’auteur du best-seller mondial Utopies réalistes, se réclame en présentant son livre. Si l’avenir fait peur, il est temps de se tourner vers des solutions qui font déjà leurs preuves aujourd’hui et qui ne demandent qu’un peu de courage politique pour être étendues. Contre les discours politiques pessimistes (même chez les mouvements politiques les plus à gauche), Rutger Bregman veut croire au pouvoir des idées : « Les idées peuvent et elles le font, elles changent le monde. » Beaucoup d’initiatives comme l’instauration d’un revenu universel, font déjà leurs preuves. Changer le monde, et cela intègre la question climatique, c’est tout d’abord transformer la valeur idéologique du mot « travail » : avec le revenu universel, les citoyens auraient le pouvoir de dire non, de gagner en autonomie.
Idéaliste ? Pas tant que ça : déjà en 1973, la plus grande expérience sur le revenu universel avait été mise en place dans quelques villes au Canada et aux États-Unis, avec des résultats qui étaient allés au-delà des espérances (plus de détails dans Utopies réalistes, p. 39)…

Alors, qui a dit que les idées ne pouvaient pas changer le monde ?


→ Pour aller plus loin (et bientôt en chronique sur le blog) :

utopies_realistesUtopies réalistes
Rutger Bregman
Seuil, 247 p., 20 euros

 

chesigaudLes Français et la nature
Valérie Chansigaud
Actes Sud, 192 p., 20 euros

 

 

P-BonnevilleRecommencer
Mathieu Potte-Bonneville
Éditions Verdier, 80 p., 13 euros

 

 

MuseumQuel futur sans nature ?
Manifeste du Muséum d’histoire naturelle
Reliefs, 80 p., 7,50 euros

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