Cinécolo

Explorer le champ des possibles

Marie-France Barrier dresse le portrait de sept exploitations non conventionnelles, portées par des hommes et des femmes qui ont su valoriser leurs terres. Leurs parcours ne se ressemblent pas mais tous ont en commun la conviction qu’un changement radical de l’agriculture est nécessaire.  

C’est un reportage à charge que Marie-France Barrier a réalisé. À charge non pas contre les agriculteurs mais contre un système qui les maintient dans une position de dépendance et qui détruit les sols. Avec ce film documentaire, elle leur donne voix au chapitre et explore avec eux le champ des possibles.

Des pratiques agricoles en mouvement 

Le néo-paysan est une « personne qui, après une première vie dans un tout autre domaine, décide de changer de voie pour devenir agriculteur » (assises néo-paysannes, 2017). Pierre, ex-pilote de ligne, en fait partie. Il a renoncé à un très bon salaire et a emménagé avec sa famille dans une prairie du Calvados pour s’y installer comme maraîcher. Alors qu’un agriculteur sur trois gagne moins de 350 € par mois et que son revenu moyen mensuel est de 1 250 €, la plupart des néo-paysans cherchent à redonner un sens à leur vie. « Je ne voulais pas seulement arrêter d’abîmer la planète, je voulais en plus faire quelque chose pour la rendre plus belle », confie Pierre. C’est ce pari qu’ont aussi relevé Linda et son compagnon.

« Remettre la vie là où elle n’était plus. »

Tel est l’objectif de l’ancienne agent immobilière quand elle s’installe sur 2,8 ha traités jusque-là par des pesticides. Ils explorent de nouveaux modèles agricoles et décident d’adopter l’agroforesterie.

Olivier, lui, a pratiqué une agriculture conventionnelle pendant 25 ans. « On a accepté de se remettre en question. » C’est pourquoi il a choisi de ne plus labourer son sol. Aujourd’hui, il n’hésite pas à se pencher  sur la vie des vers qui travaillent ses terres à sa place. Le changement ne vient donc pas seulement d’acteurs extérieurs au milieu agricole. C’est par exemple à son fils Olivier que Jean-Luc doit l’évolution de son vignoble à Polini, dans le Jura. Pour Frédéric, l’évolution de ses pratiques agricoles était la solution de la dernière chance et passer son élevage laitier en tout herbe a sauvé ses animaux et peut-être même sa vie.

Loin du modèle de l’agriculteur solitaire ou familial, un collectif de onze amis ont choisi de louer les terres de la ferme de la Tournerie. Ils ont transformé une exploitation  de viande, tenue par un seul agriculteur, en un Gaec (groupement agricole d’exploitation en commun) de onze personnes qui produisent du fromage de chèvre et de vache, de la viande de porc, du pain, de la bière.

L’agriculture ne se pratique qu’en campagne ? Eh bien pas toujours. L’association Clinamen nous prouve le contraire.

À travers ces témoignages, Marie-France Barrier montre qu’aller à contre-courant des pratiques habituelles n’est pas rédhibitoire, bien au contraire. Loin de l’image statique que l’on pourrait avoir du monde agricole, son documentaire nous montre qu’il est sur le point de connaître une véritable révolution. En nous prouvant qu’à tout problème les agriculteurs d’aujourd’hui peuvent trouver des solutions, la réalisatrice leur dessine un avenir plein d’espoir.

L’agriculture de demain : le bon sens éco-citoyen ?

Si des solutions existent, il ne faut pas avoir peur de prendre le taureau par les cornes et oser remettre en cause un modèle encore très présent. « [Olivier] ne laboure plus ses terres, qui sont donc recouvertes d’herbes et ont l’air « sales ». Pour la mère d’Olivier, ça a été un choc terrible, voire une honte. Les champs de ses voisins, qui continuent les pratiques conventionnelles, sont nickels », raconte Marie-France Barrier à Télérama. En remettant en cause le modèle de ses grands-parents et de ses parents, il refuse un système où les charges de la ferme étaient plombées par l’achat des machines. « On avait toujours besoin de plus de surface pour être rentable […]. J’ai changé parce que mon système était à bout. » Le constat d’Olivier est sans appel.

C’est quand même fou de faire 25 ans de travail en se disant qu’à ne rien faire, j’aurais fait mieux.

Ses bénéfices actuels, tirés de terres qui ne sont plus labourées, sont supérieurs. Ses rendements sont meilleurs, et il réalise des économies en consommant moins de fioul, de pesticide et de fongicide. En outre, il redonne de la vie à ses terres. Aujourd’hui, « 1 g de [son] sol, c’est 10 milliards d’individus vivants ».

Autre situation, autre contre-sens. Pour soigner son vignoble, Olivier propose à son père Jean-Luc d’utiliser, entre autres, « trois mousquetaires » qui longent leurs terres : la fougère, la consoude, la prêle des champs. Alors que les gouvernement successifs maintiennent ces pratiques hors-la-loi, les deux vignerons, agriculteur biologique convaincu pour l’un et nouvellement converti pour l’autre, sont tous deux d’accord : ces remèdes fonctionnent. « Notre trousse à pharmacie est sur place. »

Frédéric, à force de suivre un modèle conventionnel, avait lui oublié le B.A.BA : ses vaches sont herbivores. Alors que la majorité des éleveurs laitiers donnent à leurs bêtes du maïs et du soja, il s’est lancé vers un autre système : les nourrir uniquement par l’herbe de ses prairies. Avant, son chiffre d’affaires était important mais écrasé par les charges, l’achat de l’aliment… son résultat net était très faible. Il estime avoir fait 40 000 € d’économie en 2016.

Ces exemples sont porteurs d’une vive critique de l’agriculture conventionnelle mais aussi de l’espoir représenté par la réussite de conversions pour un autre modèle de production.


documentaire-Marie-France-Barrier-brosse-portrait-dagriculteurs-pronant-agriculture-ecologique_0_985_554♦ Herbes curieuses
Le champ des possibles

Marie-France Bourrier
Caméra Subjective, 2017

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