Vagabondage

Le PRÉ : un prix pour « sortir de notre huis-clos anthropocentré »

Nous étions présentes à la soirée de remise du Prix du Roman d’Écologie (PRÉ) qui se tenait à la Gaité Lyrique à Paris. Une première édition d’un prix qui se veut « défricheur » de nouvelles perspectives littéraires et écologiques.

La première édition du Prix du Roman d’Écologie a couronné le roman d’Emmanuelle Pagano Saufs riverains, publié chez P.O.L – le dernier roman dont s’est occupé l’éditeur Paul Otchakvosky-Laurens avant son décès, a précisé avec émotion l’autrice lors de la remise de son prix. Saluant une maîtrise littéraire impressionnante, Alice Ferney, présidente du jury du PRÉ, a rendu hommage à un roman qui a su mêler une histoire familiale à l’histoire environnementale d’un territoire, à savoir la création d’un lac artificiel qui noie progressivement une vallée. Les qualités littéraires des autres romans en compétition ont également été soulignées : les pages saisissantes d’Errol Henrot sur la réalité des abattoirs fait entrevoir « la manière d’être au monde des animaux » (Les liens du sang) ; le « désenchantement mélancolique » qui transparaît dans Ostwald, le premier roman de Thomas Flahaut, ou encore le caractère impérieux du combat écologique qui affleure dans le roman « young adult » de Stéphane Servant Sirius, que le jury a d’ailleurs récompensé d’un prix spécial.

Prix qui se veut défricheur de nouvelles approches écologiques à travers la littérature, les membres du jury du PRÉ sont intervenus tour à tour afin d’éclairer l’origine de la création du prix et les racines de leur engagement. « Créer ce prix était risqué » a rappelé Lucile Schmid, cofondatrice du PRÉ, dans un pays qui compte déjà une multitude de prix littéraires – qui plus est autour de thématiques écologiques. Car en effet, existe-il un roman de nature writing à la française ? L’auteur et membre du jury Alexis Jenni a rappelé les origines américaines de ce genre littéraire et les différences fondamentales du rapport à la nature entre la France et les États-Unis :

« L’Europe est un jardin soigneusement entretenu, tandis que l’Amérique est une terre vierge ».

À l’image de l’humain face à une terre sauvage et hostile (wilderness) s’oppose un homme ancré dans une ruralité, un territoire, tout particulièrement en France. Si les États-Unis ont Henry David Thoreau, Alexis Jenni voit en l’écrivain Jean Giono le grand ancêtre de notre « écopoétique » francophone. Permettre d’identifier une « écriture de la nature à l’européenne », c’est l’un des objectifs du PRÉ. Un objectif poétique, mais également politique : comme le rappelle Lucile Schmid (que nous avions interviewé il y a quelque temps), il s’agit de repolitiser l’espace littéraire, de « retrouver les traces des débats sociétaux autour de l’écologie dans la littérature ». Penser l’écologie à travers la fiction, une manière de changer d’imaginaire ?

Assurément pour l’écrivain Dalibor Frioux, l’autre fondateur du Prix, qui imagine son « romancier d’écologie attentif aux éléments les plus éloignés de notre « oikos », notre maison ». Et de souligner l’importance de ces « récits qui nous conduisent dans les périphéries qui nous nourrissent et nous rappellent à notre humanité ». Quels sont les romanciers d’écologie de demain ? Ceux qui écriront la condition humaine indissociablement liée au territoire ?

« Tous à vos plumes, à vos couches géologiques, à vos forêts ! »

Le PRÉ n’est qu’au début de son aventure…


→ Pour aller plus loin :

Le roman lauréat
saufs-riverainsEmmanuelle Pagano
Saufs riverains
P.O.L, 400 pages, 19,50 euros

 

 

 

Notre coup de cœur ♥ : quand la cause animale rejoint le drame social. Une plongée saisissante au cœur des abattoirs. Une lecture dont l’on sort bouleversé !
les-liens-du-sangErrol Henrot
Les liens du sang
Le Dilettante, 192 pages, 16,50 euros

 

 

 

Tous les autres romans sélectionnés sont à retrouver sur le site du PRÉ !

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